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"La «référence» se présente […] comme une question de tout ou rien […] il peut sembler important, quand on veut comprendre le «fonctionnement du langage», de considérer les expressions que nous utilisons comme «repérant des entités», et non pas simplement comme permettant de «décrire la réalité »."
Explication d’Oriane (Encre noire) : «Faire des mondes»… Décrire la réalité ne signifie en effet rien car il y a autant de «réalités» que d’individus et si je m’efforce d’écrire un roman c’est parce que je veux parler de cette réalité telle que je la perçois par tous mes sens et non comme la «réalité moyenne» d’une approche scientiste. Le paradoxe est que nous ne disposons pour cela que d’une langue commune qui s’efforce de marquer des entités moyennes permettant la communication. Il faut donc tricher avec cette langue et, à partir du noyau commun, l’utiliser d’une façon individuelle. Le style joue ce rôle, mais il ne le joue pas tout seul. La conception du «roman» par exemple est une de ces entités crues communes or je m’efforce, à partir des attendus que suscite ce terme, d’en forger une réalité qui m’est toute personnelle et de la faire partager.
Contexte (du copiste): ce livre de Rorty a près de 500 pages et n'est pas numérisé (du moins je ne l'ai pas trouvé sous cette forme). Je ne l'ai pas relu. Je ne peux donc pas communiquer le contexte exact de cette note d'Oriane. Quant à l'expression "faire des mondes" qu'elle présente comme une citation, elle pourrait venir de Nelson Goodman, mais je n'en ai aucune certitude.
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"Un certain nombre d’amis, également initiés, venaient là retrouver ces messieurs, chaque nuit, au sortir du cercle. Ils connaissaient les mots de passe et la manière de frapper."
Explication d’Oriane (feutre orange): c’est en effet ainsi que l’ensemble des cosnpirateurs (Argencourt, Bréauté, Charlus, Elstir, Ganançay, Norpois, Palancy, Saint-Loup) se retrouvait tous les soirs chez Germaine (chez moi cela aurait été trop dangereux) au sortir de leurs cercles. Ils arrivaient chacun par des routes différentes, à des heures variant entre 23 heures et minuit de façon à déjouer la surveillance que, tous, savaient exercée à leur égard. Mon mari était en effet très méfiant, ce qui expliquait sa carrière et sa longue survie politique. Chacun avait son mot de passe et sa manière de frapper. Code qui était modifié pour chacun à la fin de nos réunions de façon à ce qu’aucun espion ne puisse jamais se faire passer pour l’un d’entre eux. Et pourtant, notre complot a échoué.
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Explication d’Oriane (crayon de couleur marron): depuis quelques années, divers romans montrent que de plus en plus d’écrivains (de jeunes écrivains?…) font des efforts désespérés pour que la littérature reste de la littérature et ne se dissolve pas dans le marketing. Ils publient ainsi des objets étranges qui ne correspondent à rien de ce qui était déjà sur le marché et proposent des formes littéraires inédites que, naturellement, le public boude. Les loisirs de masse — télévision surtout, mais aussi le cinéma — ont en grande partie tué la lecture ou, du moins, s’ils ne l’ont pas fait totalement l’ont reléguée dans une position de loisir très secondaire : le train, l’avion (mais les écrans y prennent de plus en plus de place) et la plage où le soleil rend la lecture sur écran difficile et où le sable menace la fragilité technologique des écrans informatiques. Ne restent que les nostalgiques, les professeurs de lettres et les stylites dont je fais partie. Ceux-ci, juchés sur leurs colonnes qui les isolent du monde, ne s’aperçoivent pas qu’ils n’écrivent plus que pour eux mêmes et que leurs feuillets sont emportés aux quatre vents du désert. La solution est pourtant simple: il faut cesser d’écrire. La question est alors: pourquoi ne nous y résolvons nous pas?
Note du copiste : étrange cette façon qu’Oriane a de prendre un livre en otage. J’ai même douté de son existence avant de vérifier, il s’agit de «Valérie, par Valérie» ouvrage collectif signé La rédaction et publié aux éditions Al Dante. Voici quelques preuves : Valrie par Valrie, Valérie par Valérie par Valérie, Valérie par Valérie…
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"PS.Les trois derniers jours, Oscar avait posé une pancarte sur sa table de chevet. Je crois que cela te concerne. Il y avait écrit: «Seul Dieu a le droit de me réveiller »."
Explication d’Oriane (Bic noir): je déteste les romans qui finissent (plus encore que les fins de romans) et ils finissent tous. Je devrais donc détester les romans (CQFD) aussi ai-je ma propre solution, je ne finis pas la plupart d’entre eux et échappe à la linéarité de leur lecture en les parcourant de façon plus ou moins aléatoire. Pourtant je les lis presque tous dans leur intégralité mais, ainsi je me recompose mes propres romans — d’où peut-être ces carnets que je tiens depuis des années (j’allais dire depuis toujours mais «toujours» est encore une emprise du temps…) — au fil de mes lectures. Je sais maintenant qu’aucun de mes romans ne finira jamais, ne sera donc jamais publié… qu’importe ?
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"C'était pendant la guerre de Crimée. Un soir de combat, deux blessés gisaient côte à côte sur le champ de bataille. La nuit tomba, et le froid terrible qui sévissait augmenta encore leurs souffrances. Ils essayèrent d'échanger quelques paroles, mais ils ne se comprirent pas, car l'un était un Français et l'autre était un Russe. Le sommeil vint enfin clore leurs yeux. Hélas! ceux du Français ne devaient plus voir le jour.
Le matin, en s'éveillant, le Russe vit sur lui un manteau qui ne lui appartenait pas. Son voisin ne bougeait plus. Ce généreux adversaire, sentant approcher la mort, avait jeté sur son compagnon d'infortune un vêtement qui désormais lui était inutile. Il avait ainsi mis en pratique cette maxime: Soyons bons, même envers nos ennemis."
Explication d’Oriane (crayon de papier rose): j’aime beaucoup ce manuel de Wann qui m’a appris à écrire et je ne peux que le recommander… Cet extrait me rappelle le Général qui adorait de telles anecdotes de «noblesse» militaire qui laissaient croire que son métier, loin d’être celui de boucher qu’il est en réalité, consistait pour l’essentiel en la «défense de la veuve et de l’orphelin» où se révélait le meilleur de l’homme.
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"Quel était donc ce mystère? La police chercha à l'éclaircir, ai-je besoin de vous l'apprendre, par tous les moyens d'investigation ordinaires et extraordinaires dont elle use, et, au bout d'un mois, elle était encore béjaune. Il faut mettre à sa décharge que l'assassin n'avait pas laissé plus de traces de son entité que le poisson dans l'eau courante. Le seul indice que l'on eût, bien vague, s'estompait dans une remarque de l'employé chargé de la réception des billets à la sortie des voyageurs. Ce commis croyait se souvenir que l'un des voyageurs sortants, individu chétif et rabougri qu'on eût abattu d'un souffle, s'était présenté à la porte, la tête emmitouflée sous le tube d'un foulard rose et avec l'aspect caricaturalement douloureux, ou, si l'on veut, douloureusement caricatural, que les images prêtent aux gens torturés par une odontalgie."
Explication d’Oriane (feutre noir) : ainsi commence (au moins virtuellement tout roman qui se réclame du style policier : un mort, des indices ou des informations — souvent anodines— et tout cela fait un mystère… Comme je veux que mon roman relève de ce genre (le roman policier n’est-il pas l’aboutissement du genre car tout roman est construit sur une intrigue sinon son lecteur n’a nulle part où aller), il faut que je pose une situation de départ entre tous mes personnages. Amour, haine, adultère, fidélité, relations d’argent, disparition, qu’importe. Je vais y réfléchir sérieusement.
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"Eh bien! aidez-vous de cela pour vous faire une idée de la magnificence du couple que j'apercevais alors, à ce balcon, dans ces vêtements serrés qui ressemblaient à une nudité. Ils parlaient, appuyés à la rampe, mais trop bas pour que j'entendisse leurs paroles; mais les attitudes de leurs corps les disaient pour eux. Il y eut un moment où Ganançay laissa tomber passionnément son bras autour de cette taille d'amazone qui semblait faite pour toutes les résistances et qui n'en fit pas... Et, la fière Roberte se suspendant presque en même temps à son cou, ils formèrent, à eux deux, ce fameux et voluptueux groupe de Canova qui est dans toutes les mémoires, et ils restèrent ainsi sculptés bouche à bouche le temps, ma foi, de boire, sans s'interrompre et sans reprendre, au moins une bouteille de baisers! Cela dura bien soixante pulsations comptées à ce pouls qui allait plus vite qu'à présent, et que ce spectacle fit aller plus vite encore..."
Explication d’Oriane (Bic bleu): c’est ainsi que je surpris Ganançay et Roberte au balcon de notre chambre d’ami le week-end que nous avions organisés avec le Général pour fêter ses dix ans d’accession au pouvoir. Ils ne se cachaient pas, ni d’Albertine femme de Ganançay, ni du Général alors amant de Roberte. Leur attitude ressemblait même à un défi celui que seuls deux amoureux peuvent lancer à la face de la société qui les entoure. Ce fut le début de nos problèmes…
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"J’essaye de faire mes vœux comme il faut mais parfois ça ne marche pas Une fois en faisant un vœu, j’ai mis un arbre la tête en bas et ses branches se trouvaient là où les racines auraient dû être Les écureuils devaient demander aux taupes «Comment on descend de là pour rentrer chez soi ?» Une fois ça s’est passé comme ça. Et puis il y eut cette autre fois, je m’en souviens à présent, où en faisant un vœu j’ai mis un homme la tête en bas et ses pieds se trouvaient où ses mains auraient dû être. Au matin ses chaussures ont dû demander aux oiseaux «Comment on vole là-bas pour rentrer chez soi ?» Une fois ça c’est passé comme ça."
Explication d’Oriane (encre bleue pâle) : les cultures primitives, comme j’ai souvent pu le constater en Afrique, savent dire simplement des choses profondes, toute intervention humaine dans l’ordre établi des choses est en effet susceptible de catastrophe. La meilleure des politiques serait le laisser faire, laisser agir une forme d’autorégulation. Malheureusement l’homme est un animal pensant et il y en a toujours un qui veut agir sur le monde et donc détruit l’équilibre naturel.
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"Le soleil se lève, rouge, entouré de brumes, au-dessus de la zone vide; ici, il y a des éléments pour maisons préfabriquées, recouverts de neige ; là on a commencé à poser des pierres et on a tout plaqué après les fondations; là, il y a le bras d’un excavateur, en deux morceaux, qui traîne; plus loin, le godet, ailleurs, des débris de ferraille; on a creusé partout des fossés, des tranchées, des trous; on a fait monter les murs des ateliers de réparation jusqu’au niveau du toit et, sur une butte, la Centrale en est au début du premier étage."
Explication d’Oriane (Bic vert): un chantier c’est toujours, à un moment ou un autre, le désordre, l’impression d’inachèvement. Pourtant, celui-ci semble plus en fouillis que n’importe quel autre, on a le sentiment qu’il ne se terminera jamais. Il est vrai qu’il est dans un goulag, en Sibérie. Mon mari a été un temps attaché militaire à Moscou, peut-être est-ce pour cela que j’ai cette impression, je plaque sur ce texte mes souvenirs de la désorganisation soviétique organisée.
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"Sa chambre est nue, blanche, comme une cellule, avec un petit lit de camp, une malle, un petit coffret de bois où il conserve ses cartes, son sextant et sa boussole… Chaque soir, méticuleusement, il nettoie et graisse son 44. C’est un beau pétard, fait-main, que le patron lui avait offert pour avoir dessoudé «mon pauvre frère, l’infortuné général»… ce revolver plaqué nickel, motifs de chasse gravés sur le canon, le barillet, une crosse en porcelaine blanche, deux têtes de cerfs y sont gravées…" Explication d’Oriane (feutre noir) : tout me ramène au Général. Est-ce parce qu’il fut mon mari ? Est-ce parce que j’ai pensé l’assassiner et que je n’ai jamais pu avoir la certitude d’avoir réussi ? L’homme ici décrit aurait pu être Tio Mate, son garde du corps lorsqu’il était en détachement comme attaché militaire en Guinée Bissau.
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"Le procureur déclara dans son rapport : «Quand il fut parvenu à une situation aisée, il demanda à quitter le service pour ne pas grever le budget de l’État, et il fit don à des institutions publiques des soldes qu’on lui versait.» Le gouvernement de Mitre l’envoya en Europe en 1860 pour recruter des hommes. Il commença et termina à Paris la composition de son œuvre la plus connue et la plus morne, la presque inextricable histoire de Santos Vega, que rachètent à peine quelques évocations mémorables de l’aube et des indiens." Explication d’Oriane (encre bleue nuit) : quel homme admirable (Hilario Ascasubi), ceux que j’ai connu dans la fonction publique étaient loin d’avoir cette trempe… J’ai relevé cette note au hasard, vingt-cinquième ouvrage de la dixième étagère de ma bibliothèque, page 25, vingt-cinquième ligne… Le hasard fait si souvent bien les choses !
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"Chaque jour porte sa peine et son plaisir. Hier une lettre de fureur, aujord’hui le plus agréable hymne à l’amour. Si tout n’est pas bien, tout n’est pas mal. C’est comme je l’ai toujours pensé. Donc aujourd’hui, princesse, belle princesse, votre adage est: quand on l’ignore ce n’est rien; celui d’hier portait en substance: vous êtes un monstre et je t’étranglerai…" Explication d’Oriane (crayon de papier orange): ce ton ressemble étrangement aux lettres d’amour que, selon Marc Hodges, s’écrivaient Jean-Pierre et Germaine… Qu’est-ce alors qui différencie cette correspondance entre deux êtres réels de celle entre deux êtres de fiction ? Je ne sais plus qui a dit : « ma vie est une fiction »… La vie est en effet la construction que chacun de nous en fait dans sa tête. Pour le reste!…
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